Lecture : Tout ou rien, Thierry Guitard, 2021
Tout ou rien, Thierry Guitard, 2021
Résumé :
Né en 1966, Thierry grandit dans une cité ouvrière de la banlieue parisienne. Son père, violent, autoritaire et infidèle, finit par quitter le foyer. La famille vit dans une grande précarité, sa scolarité est chaotique et il vole pour subvenir à ses besoins. Pourtant, dès l’enfance, il développe une passion pour le dessin et les arts martiaux.
Très jeune, il est marqué par le deuil de son frère, qui meurt noyé lors d’une sortie en famille. Sa mère sombre dans la dépression. Il quitte l’école en cinquième, puis découvre le mouvement punk. En 1982, contraint par l’obligation scolaire, il entame une formation de fraiseur sans conviction. Reçu dans une école d’art, il ne peut s’y inscrire faute de moyens.
Bon gré mal gré, il se trouve un emploi de maquettiste, qui tourne court à cause de sa consommation de cannabis. Après une année d’excès, il est appelé au service militaire en 1984, mais se fait réformer. En 1986, son trafic de shit le conduit à une perquisition qui le mène en prison. Il y découvre l’enfermement, la promiscuité et l’ennui. Après plusieurs années marquées par la colère, il part en 1988 en Angleterre, vit en squat autogéré, puis revient en France. Il parvient finalement à vivre de son dessin, collaborant avec journaux, magazines et maisons d’édition.
Critique :
Thierry Guitard, dessinateur bien connu des éditions Libertalia, s’adonne ici à l’exercice de l’autobiographie. Ayant grandi dans une cité ouvrière, il a dû très tôt trouver quelques combines pour subvenir à ses besoins. Cette bande dessinée est publiée aux éditions Nada, une maison qui affectionne particulièrement les essais engagés et les récits en marge.
L’auteur retrace de manière chronologique les vingt-deux premières années de sa vie, un père violent et absent, la vie dans une cité HLM isolée, les rapports de voisinage oscillant entre solidarité et détestation réciproque. Le récit revient sur sa socialisation. Thierry est finalement qu'un jeune pas si méchant, mais qui supporte mal l’autorité et se retrouve rapidement catalogué. Quand ce n’est pas lui le responsable, c’est son frère qui lui transmet une mauvaise réputation. Peu à peu, il se construit à travers la culture punk, le dessin et la musique, mais aussi à travers l’univers des drogues dites "douces", qui l’entraîne vers la galère. Le passage en prison marque un tournant dans le récit. Là où la jeunesse, malgré les difficultés, est racontée avec des couleurs vives, la prison apparaît grise, fade et monotone. Le dessin de Guitard reste simple, mais expressif, les couleurs et les contrastes sautent au visage, dans un style volontiers old school.
Plus qu’une histoire strictement personnelle, cette BD restitue le quotidien de nombreux jeunes d’hier et d’aujourd’hui, avec une forte empreinte punk. Il ne s’agit pas d’un récit de grand banditisme, mais d’une trajectoire inscrite dans un "champ des probables", pour reprendre Bourdieu. Les nombreuses péripéties du jeune Guitard prêtent parfois à sourire, mais la vie n’étant pas qu’une succession de gags, certains passages se font plus intimes et plus durs, notamment lors de la mort de son jeune frère.
Ayant croisé ces dernières années le travail de Thierry Guitard dans divers livres et journaux, ce fut un réel plaisir de découvrir cette autobiographie dense, colorée, traversée de nostalgie et d’émotions.
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